Une forme de lunettes se comprend mieux quand on sait à quoi son nom correspond. Pantos désigne un contour arrondi légèrement aplati en haut, papillon des coins qui remontent vers les tempes, browline un haut de monture épais. Voici les principaux mots du catalogue, les repères pour les distinguer, et pour certains une origine documentée.
Les principales formes en un tableau
| Nom | Description | À distinguer de |
|---|---|---|
| Ronde | Un contour proche du cercle | L'ovale, plus étiré |
| Ovale | Un arrondi allongé, généralement horizontal | La ronde, moins étirée |
| Rectangulaire | Plus large que haute, avec quatre angles | La carrée, aux proportions plus proches en hauteur et largeur |
| Carrée | Quatre côtés, une hauteur visuellement importante | Le rectangle bas et allongé |
| Pantos | Un arrondi au bas et aux côtés, le haut légèrement aplati | Le cercle régulier |
| Papillon | Des coins extérieurs relevés vers les tempes | Une forme dont le haut reste horizontal |
| Aviateur | Des verres souvent en goutte, un double pont | Une forme nécessairement grande, plusieurs tailles existent |
| Browline | Une partie supérieure plus épaisse, évoquant une ligne de sourcils | Une forme unique, le bas peut varier |
| Hexagonale | Un contour à six côtés | La ronde, même quand les angles sont adoucis |
| Oversize | Un format volontairement ample | Une forme : rond, carré ou papillon peuvent être oversize |
Les appellations regroupent des dessins proches, pas des gabarits identiques. Les photos et les dimensions complètent donc toujours le nom.
Pourquoi la France a un vocabulaire de la lunette
Avant les noms, il y a un lieu. La lunetterie française s'est construite dans le Jura, autour de Morez, et c'est documenté par l'Inventaire général du patrimoine culturel plutôt que par une brochure.
En 1796, Pierre-Hyacinthe Caseaux, cloutier, adapte sa technique d'étirage du fil pour fabriquer les premières montures métalliques, au hameau des Arcets. En 1806, il présente à l'exposition nationale « 4 montures de lunettes à simples et doubles branches à charnières ». En 1819, Pierre-Hyacinthe Lamy ouvre un bureau commercial à Morez, industrialise la fabrication en 1835, puis produit des lunettes complètes, monture et verre, en 1842.
La montée en puissance se lit en volumes. En 1827, la production du canton se compte en 2 500 à 3 000 paires. En 1846, elle atteint 960 000 pièces. En 1901, elle dépasse 12 millions de pièces. Le pic d'emploi est atteint en 1929, avec 3 800 personnes, et le district produit alors les neuf dixièmes de la production française. En 2016, environ 1 600 personnes travaillent encore dans une quarantaine d'entreprises de la région.
Deux siècles de fabrication au même endroit produisent un vocabulaire. C'est de là que viennent des mots comme pantos.
Pantos : un arrondi qui n'est pas tout à fait rond
Une monture pantos garde des courbes sur les côtés et dans sa partie basse, et sa ligne supérieure est légèrement aplatie. Selon le modèle, le dessin se rapproche d'un ovale ou présente de petits angles. C'est ce détail du haut qui permet de la reconnaître.
Le mot appartient au lexique des opticiens, où l'on parle aussi d'angle pantoscopique pour désigner l'inclinaison de la face de la monture par rapport aux branches, en pratique de 8 à 12 degrés. Les deux termes partagent une racine, et nous n'en déduisons pas davantage : nous n'avons pas trouvé de source solide établissant l'étymologie exacte du nom de forme, et nous préférons le dire.
Pour comparer, regardez les montures pantos à côté des montures rondes. C'est notre collection de formes la mieux fournie.
Papillon : des coins qui remontent
La forme papillon se reconnaît à ses extrémités relevées, d'un léger angle à un mouvement très ample. L'expression anglaise cat-eye désigne des dessins voisins, souvent plus étirés ou plus pointus, et les catalogues n'emploient pas tous ces termes de la même façon.
Cette forme a une origine attribuée. Altina Schinasi la dessine en s'inspirant des masques d'Arlequin vénitiens, après avoir trouvé une vitrine d'opticien sans intérêt, et l'appelle d'abord la monture Harlequin. Les fabricants refusent le dessin, jugé trop audacieux ; elle le produit elle-même et le vend par les grands magasins. En 1939, elle reçoit le Lord & Taylor American Design Award pour avoir fait de la monture de lunettes un accessoire de mode, ce qui est probablement la première distinction de ce genre. Les récits divergent sur l'année exacte du dessin, entre la fin des années 1920 et la fin des années 1930 : nous retenons la date du prix, qui est établie.
La collection papillon permet d'explorer cette direction. Pour identifier la forme d'un modèle précis, c'est la description de sa fiche produit qui fait référence.
Aviateur et browline : deux structures, deux histoires
La forme aviateur descend des lunettes de vol militaires, dont le Smithsonian National Air and Space Museum conserve les modèles de l'US Army Air Service et de l'Army Air Corps. Le cahier des charges explique le dessin : couvrir le bas du champ de vision, parce qu'un pilote consulte ses instruments, tenir sous un casque, donc des branches fines, et rester léger, donc du métal. De là viennent la goutte inversée et le double pont. Des versions plus carrées ou plus arrondies existent aujourd'hui, et le nom donne une famille de style sans prédire le poids, les dimensions ni l'ajustement.
Le browline a une date et un auteur. Il est conçu à la fin des années 1940 chez Shuron Optical, où Jack Rohrbach imagine un châssis métallique inséré dans des pièces de plastique en forme de sourcil, avec des tailles de cercle, de pont et de branches interchangeables, ce qui permettait à l'opticien de composer une monture à partir d'un stock réduit. Brow signifie sourcil en anglais, et c'est de ces pièces que vient le nom. Le succès fut massif : en 1960, la moitié des montures portées aux États-Unis étaient des browlines, et le fabricant a vendu sa seize millionième paire du modèle en 1971. La forme décline dans les années 1970, revient dans les années 1980, puis à nouveau dans les années 2000.
En français, on peut simplement parler d'une monture au haut épais et au bas fin. Cette description est plus utile qu'un nom de modèle déposé employé comme s'il désignait toute une famille de formes, et elle permet d'expliquer précisément ce que l'on cherche à un opticien.
Rondes, ovales et rectangulaires : les noms les plus directs
La différence se joue dans le contour et les proportions. Une monture ovale s'étire, une rectangulaire marque davantage les angles. Ces mots n'ont pas d'histoire à raconter, et c'est très bien ainsi : ce sont des adjectifs ordinaires appliqués à un contour, ils disent exactement ce qu'ils décrivent.
L'épaisseur et la couleur changent ensuite leur présence sur le visage bien plus que leur nom. Une même personne peut apprécier plusieurs de ces dessins : les repères de morphologie du visage servent à choisir des essais, pas à interdire des formes.
Oversize : une question de volume
Une paire oversize occupe volontairement une place importante sur le visage. Elle peut être ronde, carrée, rectangulaire ou papillon : le mot complète le nom de forme plutôt qu'il ne le remplace.
Le volume visuel ne dispense pas d'un bon ajustement. Une monture ample doit rester stable et confortable, et les modèles oversize se comparent aussi par leurs dimensions, pas seulement par leurs photos.
Où voir ces montures en vrai
Trois institutions, si le sujet vous intéresse au-delà de l'achat.
Le Musée de la Lunette de Morez, dans le Jura, porte l'appellation Musée de France depuis le 2 août 2002 et abrite la collection réunie par l'opticien parisien Pierre Marly, plus de 2 500 objets allant du XIIIe siècle à aujourd'hui, lunettes, jumelles, loupes et instruments d'optique.
Le British Optical Association Museum de Londres, au sein du College of Optometrists, fondé en 1901 et qui fête ses 125 ans cette année. Plus de 28 000 objets, dont plus de 3 000 paires de lunettes depuis le XVIIe siècle, besicles à ciseaux, pince-nez, lorgnons et monocles compris.
Le Silmo Paris, salon professionnel créé en 1967, qui décerne depuis 1994 les Silmo d'Or, une douzaine de prix répartis en dix catégories dont la lunetterie optique et solaire, l'innovation technologique et le savoir-faire artisanal. C'est là que se voient, chaque automne, les dessins de l'année suivante.
Comment passer du vocabulaire à votre prochaine paire
Choisissez deux formes franchement différentes dans la collection optique, puis comparez-les avec l'essayage virtuel, qui les place sur votre propre visage en quelques secondes. Une fois la direction choisie, il reste à vérifier la taille avec les dimensions de la fiche, le confort, et la compatibilité avec vos verres.
Le nom devient alors un raccourci utile : arrondie mais moins ronde, les coins un peu relevés, un haut plus épais. Il n'est pas nécessaire de connaître tout le lexique pour trouver une monture, mais il fait gagner du temps.
Quatre formes du répertoire, sur quatre de nos montures, chacune nommée d'après sa fiche produit :

Gigi Écaille, monture ronde épaisse en acétate écaille.

Raphaelle Écaille, monture carrée en acétate écaille dégradée.

Ashbury Écaille, monture ovale fine et élancée en acétate écaille.

Alex.L Écaille, monture hexagonale en acétate écaille.
Questions fréquentes
Quelle différence entre pantos et rond ?
Le pantos présente un haut légèrement aplati, alors que la ronde se rapproche davantage d'un cercle. C'est le détail de la ligne supérieure qui les distingue.
Papillon et cat-eye sont-ils synonymes ?
Ils désignent des familles voisines, aux coins extérieurs relevés. Les usages varient d'un catalogue à l'autre, et la photo du modèle précise le dessin.
D'où vient la forme browline ?
De la fin des années 1940, chez Shuron Optical, où Jack Rohrbach a conçu une monture à châssis métallique inséré dans des pièces de plastique en forme de sourcil, d'où le nom. En 1960, la moitié des montures portées aux États-Unis étaient des browlines.
D'où vient la forme aviateur ?
Des lunettes de vol militaires, dont le Smithsonian National Air and Space Museum conserve les modèles de l'US Army Air Service et de l'Army Air Corps. Le cahier des charges explique le dessin : couvrir le bas du champ de vision, tenir sous un casque, rester léger.
Une monture peut-elle être rectangulaire et oversize ?
Oui. Rectangulaire décrit son contour, oversize son volume visuel. Les deux mots se complètent.
Quelle forme va à tout le monde ?
Aucune appellation ne garantit le résultat. Les dimensions, les appuis, l'épaisseur du contour et vos préférences comptent autant que le nom de la forme.
Où voir des montures anciennes en France ?
Au Musée de la Lunette de Morez, dans le Jura, qui porte l'appellation Musée de France depuis 2002 et conserve la collection Pierre Marly, plus de 2 500 objets du XIIIe siècle à nos jours.
Sources
- Poupard L. La lunetterie dans le Jura, dossier d'inventaire IA39002035, Inventaire général du patrimoine culturel, Région Bourgogne-Franche-Comté. Dossier créé en 1991, révisé en 2020 : Caseaux et Lamy, volumes de production de 1827 à 2016, part de la production française. Consulter la source.
- Fassel P. Hindsight Is 20/20: The Browline, 20/20 Magazine, janvier 2013 : Jack Rohrbach, Shuron Optical, la moitié des montures portées aux États-Unis en 1960, seize millionième paire en 1971. Presse professionnelle de l'optique. Consulter la source.
- Smithsonian National Air and Space Museum : lunettes de vol de l'US Army Air Service et de l'Army Air Corps. Consulter la source.
- Ministère de la Culture, base Museofile. Musée de la lunette, Morez, notice M0350 : appellation Musée de France du 2 août 2002, collection Pierre Marly de plus de 2 500 objets. Consulter la source.
- College of Optometrists, Londres. The British Optical Association Museum : fondé en 1901, plus de 28 000 objets, plus de 3 000 paires de lunettes depuis le XVIIe siècle. Consulter la source.
- Silmo Paris : salon créé en 1967, Silmo d'Or créés en 1994, une douzaine de prix en dix catégories. Consulter la source.
- Kotob D. Pantoscopic Angle or Pantoscopic Tilt ?, 20/20 Magazine, mai 2021 : angle pantoscopique de 8 à 12 degrés. Consulter la source.
- Sur l'attribution de la forme papillon à Altina Schinasi, les sources relèvent de la presse mode et de notices biographiques. Seule la date du prix Lord & Taylor de 1939 est solidement établie. Sur l'étymologie du mot pantos, nous n'avons pas trouvé de source fiable et nous ne proposons donc aucune origine.
Pour nommer la forme d'un modèle Le Petit Lunetier, la description de sa fiche produit fait foi. Une collection regroupe des dessins voisins et ne remplace pas cette description.
Écrit par Elie Attias, opticien diplômé. Mis à jour le 28 septembre 2026.




